Les débuts du nouveau gouvernement Syriza

xilonoun-ta-kagkela3Suite à la victoire historique de Syriza et du mouvement anti-austérité et anti-mémorandum du 25 janvier, les premiers pas du nouveau gouvernement semblent aller dans la direction des engagements pré-électoraux de Syriza vis-à-vis du peuple grec.

Tout d’abord, un certain nombre d’actes certes importants bien qu’essentiellement symboliques:

  • pour la première fois le premier ministre et la grande majorité des nouveaux ministres ont prêté serment civil et non religieux;
  • dans son premier acte officiel Tsipras a rendu hommage aux 200 communistes fusillés en 1944 par les Nazis à Kaisariani;
  • les barricades placées autour du Parlement grec depuis les mobilisations de 2011 ont été démontées.

Puis un certain nombre de mesures annoncées par les nouveaux ministres qui défient ouvertement l’orthodoxie de la troika et les diktats des élites européennes:

  • Augmentation du salaire minimum qui passe de 580 à 751 euros (son niveau de 2009);
  • Réinstauration des conventions collectives abrogées par la troïka:
  • Arrêt du processus de privatisation de la compagnie publique d’électricité (DEI) et du port du Pirée;
  • Réintégration des tous les fonctionnaires licenciés de façon injuste pour satisfaire les objectifs des mémoranda;
  • Réintégration à l’université des étudiants expulsés pour avoir étudié “trop” longtemps (alors qu’ils travaillaient en même temps);
  • Abrogation du forfait de 5 euros pour toute visite à l’hôpital.

Ces annonces (qui devront bien entendu être suivies de faits) ont fait chuter la bourse d’Athènes de plus de 15% en 3 jours.

Il faut y ajouter l’opposition de Tsipras au projet de communiqué de l’UE exigeant un renforcement des sanctions envers la Russie (communiqué retiré depuis), ainsi que l’annonce de la nouvelle ministre en charge de l’immigration, stipulant que tout enfant d’immigré né en Grèce sera octroyé la nationalité grecque.

En revanche, sur le plan de la renégociation de la dette, les nouvelles sont beaucoup moins réjouissantes: l’équipe économique est composée de sociaux-démocrates “réalistes”, on n’entend plus trop parler d’annulation de la moitié de la dette et le discours qui prédomine “ni soumission, ni rupture”, “compromis honnête”, “gagnant-gagnant” ne semble mener nulle part.

Concernant l’alliance avec le parti de la droite nationaliste anti-Troika”Grecs Indépendants” qui a fait couler plusieurs larmes de crocodiles parmi certains “progressistes bien-pensants”, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle. Il faudra ne pas oublier qu’il s’agit d’un parti conservateur, nationaliste, qui a voté contre la levée de l’immunité des députés de l’Aube dorée, accusés de crimes. Cependant, ayant manqué de peu la majorité absolue au Parlement et étant donné l’obstination du KKE (le PC grec) à refuser une quelconque négociation, Syriza n’avait d’autre alternative (à moins de forcer de nouvelles élections, un pari risqué) que de s’appuyer sur ce parti hétéroclite issu de la Nouvelle Démocratie lorsque celle-ci a adopté le mémorandum. Il faut tout de même noter que depuis leur création en 2011, les “Grecs Indépendants”  se sont opposés à toutes les lois mémorandaires et ont contribué à la convocation des élections en ne votant pas pour le Président de la république malgré les tentatives de soudoyer leurs députés. Ils ont par ailleurs déclaré adhérer à 100% au programme de Thessalonique de Syriza.

On attend avec impatience (et vigilance) la présentation du programme officiel du gouvernement au Parlement dans les jours qui viennent et surtout le début de la vraie négociation avec les créanciers…

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6 thoughts on “Les débuts du nouveau gouvernement Syriza

  1. Pingback: Les débuts du nouveau gouvernement Syriza

  2. On peut se poser légitiment la question de savoir si le soutien inconditionnel des grecs à la Russie vaut approbation de l’annexion de la Crimée et soutien aux séparatistes de Dombass armes par Moscou.

    On sait que par le passé les grecs ont aussi soutenu les Serbes de Milosevich.

    On connaît aussi l’influence de la religion orthodoxe dans la politique grecque .

    Hors on nous a expliqué que Tsipras était athée.

    Reste donc beaucoup d’interrogations essentielles à mes yeux pour comprendre le positionnement de la nouvelle équipe dirigeante grecque vis à vis de ces problèmes de politique extérieure.

  3. Saxy, je n’exprime que mon opinion personelle ici, mais je suis bien confiante que le “soutien” à la Russie n’a rien à voir avec l’orthodoxie. L’agriculture grecque, par exemple, a subi des coups à cause de l’embargo à la Russie, vu que la Grèce exportait pas mal de produits agricoles à la Russie, et je suppose que cela vaut comme une raison valable pour ce “soutien”. Après 5 ans d’austérité catastrophique pour la Grèce, il est temps qu’on se soucie pour nous mêmes avant les autres. Et je trouve cela bien légitime. Loin de défendre Poutine là, rien à voir: la politique des affaires étrangères parfois se base aux intérêts propres… Il faudra se rappeler ici à la Grande Bretagne et la France de l’entre-deux-guerres quii avaient bien soutenu l’Alemagne Nazi avant de lui déclarer la guerre….

    L’indépendance de Dombass et l’annexation de la Crimée sont deux tout autres questions. L’annexation de la Crimée a suivi un référendum et, personnellement je trouve tout à fait légitime que le peuple de la Crimée décide lui même à quel état appartenir. J’aurais la même opinion que ce soit pour la Thrace, la Crète, la Catalonie, la Bretagne ou l’Alsace. Ils sont mieux capables de décider le sort de leur terre que n’importe quelle administration nationale ou internationale.

    Les “séparatistes” de Dombass luttent contre un gouvernement ouvertement fasciste, dont les leaders utilisent le salut nazi. Séparatisme d’un côté, défence de la démocratie de l’autre côté.

    Tout ça bien sûr n’est que mon opinion personnelle et pas la position du gouvernement. Je ne suis pas là pour soutenir le gouvernement mais pour clarifier certaines choses. Le soutien des grecs (et pas du gouvernement grec à l’époque) aux Serbes n’avaient rien à voir avec un soutien à Milosevich; il s’agissait d’un soutien à un peuple qui a été bombardé et dont le pays a été complètement détruit parce que l’Ouest a ainsi décidé. Il faudra aussi savoir que les bombes d’uranium que l’OTAN a balancé sur la Serbie ont bien arrosé des fleuves qui passent aussi par la Grèce: c’est les grecs qui ont dû mangé des légumes-uranium parce que l’Ouest a voulu promouvoir les intérêts de son capital…

    Pour en finir, il ne s’agit pas d’un “soutien inconditionel à la Russie”: il s’agit d’une déclaration contre l’embargo à la Russie qui cause des coûts à l’économie des pays faibles en Europe. Pas du tout la même chose… A part la propagande des médias mainstream, il y a aussi d’autres sources d’info moins partielles.

  4. Pingback: Ces PASOKistes qu’infiltrent le gouvernement de gauche en Grèce | Γκράνμα

  5. @ Kro……

    Merci pour votre réponse et pour les éclairements qu’elle apporte.

    Comprenant bien évidemment que nous ne faisons que confronter des opinions personnelles .

    Je pense vous rejoindre pour l’essentiel . J’avais lu que les grecs avaient été tres touchés par l’embargo russe sur les fruits et légumes . Ceci expliquant certainement cela.

    Par contre je ne peux vous rejoindre sur votre analyse de la situation en Ukraine qui est celle des soutiens à Poutine . C’est en gros en France l’analyse du FDG de Melachon.

    Le référendum sur la Crimée est illégal et vous le savez bien. Il a été fait au mépris de toutes les règles internationnales. Vous ne pouvez en aucun cas le comparer au référendum ecossais qui a ete un modèle de démocratie.
    Même chose pour le conflit dans l’est du pays . Et c’est faux de dire que le gouvernement ukrainien est ouvertement fasciste. Vous reprenez là sans trop d’analyse la propagande russe. Vous savez fort bien que lors des élections Ukrainienne la parti fasciste a fait un score dérisoire. Le nier revient à nier le vote des électeurs. Et c’est contraire à la démocratie.

    Pour l’ancien conflit slave j’avais lu une longue analyse de Theodorakis qui expliquait le soutien aux serbes ( coupable de pas mal d’exactions, véritables assassins et tortionnaires , avec la destruction quasi complète de Sarajevo et ses sinistres snipers ….) par la droite grecque comme étant lié à la position et à la proximité des deux églises orthodoxes.

    Et le cinéaste Angelopoulos dans un film allait dans le même sens, étant tres critique vis à vis de la politique de son propre pays.

    Comme vous , il ne s’agit que de réflexions et d’interrogations personnelles et je ne prétends en aucun cas détenir une quelconque vérité. La géopolitique est très complexe et demande beaucoup d’humilité.

    De toute façon, nous qui sommes profondément amoureux de ce pays pour y aller depuis très longtemps, pour y avoir été expatriés, qui en avons suivi consternés le desastre lié à la politique récente , nous ne pouvons que souhaiter une réussite totale au nouveau gouvernement. Sans aucune restriction.

    Bonne soirée et merci pour votre reponse

    Saxy

  6. Pingback: Qui sont les ministres du gouvernement Syriza?

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